La Nouvelle Orléans vue par Jean-Pierre Bruneau

Jean-Pierre Bruneau France-louisianne nouvelle orleans
Jean-Pierre Bruneau

Jean Pierre Bruneau, président de l’association France-Louisiane, a accepté de partager avec nous quelques uns de ses secrets sur la Nouvelle Orléans, son Carnaval et Mardi Gras.

Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre association ?

Je m’appelle Jean Pierre Bruneau, je suis journaliste de formation, et collabore à différents types de presses musicales comme Soul Mag, un magazine sur le blues, le rythme and blues et la soul music.
Je suis aussi président de l’association France-Louisiane, qui existe depuis 40 ans, et qui s’occupe des liens entre la Louisiane francophone et la France. Des délégations régionales oeuvrent à faire connaître la Louisiane , et organisent des voyages là-bas tous les ans. Notre but est de faire connaître les cultures de cette région si particulière des Etats Unis.

Connaissez vous l’explorateur René Robert Cavalier De La Salle ?

Originaire de Rouen en Normandie, il a été le premier à avoir descendu le Mississippi depuis ce qu’on appelait la « Nouvelle France », qui est devenue plus tard le Canada. Il est donc le premier à avoir mis les pieds en Louisiane et à l’avoir reconnue au nom du roi de France, Louis XIV, puis s’y est rendu plusieurs fois. Lors de son dernier voyage, il était en bateau et cherchait l’embranchement du Mississippi. Il ne l’a pas trouvé, s’est retrouvé sur la côte du Texas et il y a eu une mutinerie, ce qui a
causé sa mort ! D’ailleurs, son bateau a été retrouvé il y a quelques années : il est dans un musée à Austin au Texas.

Pouvez vous nous donner des exemples concrets de manifestation
de la double culture franco-américaine à la Nouvelle-Orleans(NOLA) ?

Le coeur historique de la Nouvelle Orléans est le quartier français : on l’appelle le « Vieux carré » ou bien le « French Quarter». Un nombre considérable de noms de rues évoquent la France comme la rue de Toulouse, ou la rue de Bourgogne… Mais il faut savoir que la France n’a été là bas qu’assez peu de temps. Napoléon a vendu la Louisiane en 1803 et la présence française a été importante culturellement jusqu’à la guerre de Sécession. Il y avait toute une population de couleur, des noirs libres qui étaient très éduqués et qui ont vraiment marqué ces lieux plus que la présence française à proprement dit. Une culture Créole francophone a été introduite, marquée par la langue créole, qui vient du français. Beaucoup de ces gens sont venus lors de la révolution de Toussaint l’ouverture, à Haïti. Ils ont fui d’abord vers Cuba, puis vers la Nouvelle-Orléans, et c’est eux qui ont amené une grande partie de cette présence française.

Ce constat se retrouve également dans la nourriture et l’architecture de la Nouvelle Orléans?

La nourriture n’est pas très française et l’architecture est plus caribéenne/ antillaise, que française. Alors, c’est français d’une certaine manière mais pas seulement ! Il ne faut pas oublier que la Louisiane à été cédée à l’Espagne à un certain moment, puis de nouveau cédée à la France et ensuite vendue aux Etats Unis. Dès qu’elle a été vendue, certains américains ont commencé à venir car il y avait un grand port à l’embouchure du Mississippi, un endroit stratégique ! Mais pendant longtemps, c’est la culture créole francophone qui a dominé la ville.

Le quartier français se joint-il aux festivités du Carnaval de NOLA?

Dans le quartier français, y a une rue à visiter qui s’appelle Bourbon Street: le soir, on y trouve beaucoup de gens alcoolisés qui déambulent de bars en bars (rires). Ce qui est encore pire le jour de Mardi Gras de NOLA ! Ce jour-là, ils louent des emplacements sur les balcons des rues du Vieux Carré, et lancent des colliers en demandant aux dames de leur montrer leurs seins ! (rires) Bien entendu, ce n’est pas tous les jours comme ça à la Nouvelle Orléans ! Mais c’est une des caractéristiques du Carnaval : tout est permis, on se libère, avant de faire le Carême. C’est l’idée en tout cas !

Avez vous des histoires méconnues du Carnaval de NOLA à nous raconter?

Ce que tout le monde ne sait pas, c’est qu’il y a plusieurs Carnavals. Il y a le carnaval dit « officiel » avec les confréries (Krewes) qui dépensent beaucoup d’argent pour monter leurs chars. D’ailleurs pour être membre de la confrérie, il faut payer ! Longtemps, les noirs n’avaient pas accès à ce Carnaval, à cause de la ségrégation, et du fait que c’est une activité de la bourgeoisie, des classes dominantes. Comme ils ne pouvaient pas accéder au « Carnaval officiel », ils ont décidé de créer le leur : le « Carnaval Zulu ». Ce sont des personnes noires qui se déguisent en indiens: on les appelle les « Black Indians ». Pourquoi ? Pour rendre hommage à la période de l’esclavage où les noirs s’enfuyaient et trouvaient très souvent refuge dans des réserves indiennes. D’ailleurs, ce « contre Carnaval » défile encore aujourd’hui. Il n’a pas d’itinéraire défini, refuse de communiquer l’itinéraire à l’avance à la police (ce que font les autres), et va dans les quartiers noirs avec de la musique… C’est une chose mal connue, mais très interessante !

Il y a un autre aspect mal connu de ce Carnaval qui se passe à la campagne, en pays Cajun. C’est basé sur de vielles traditions françaises : les traditions de « la quémande » . Leurs membres font leurs costumes et portent des masques qui rappellent souvent l’Afrique. Ils vont de fermes en fermes déguisés et à cheval, pour demander des cadeaux, la charité. Et donc souvent, on leur lance des poulets en l’air et ils courent après les poulets pour les attraper: ça s’appelle « Courir du mardi gras » ! (rires) Puis le soir venu, ils organisent un grand repas avec ce qu’ils ont récolté, un Gumbo.


Merci d’avoir pris le temps de répondre à nos questions !

Retrouvez France-Louisiane sur leur page Facebook (France Louisiane
Association) et sur leur site (http://france-louisiane.com)

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